Aiguille d'Argentière, pointe Ouest ( alt 3877m )

Face Nord

Massif du Mont-blanc .

Le 26 Août 2007

 

 

Cette page sera exclusivement réservée au récit des derniers instants passés avec toi Filippo, passionné comme nous, de montagne et de skis

A la famille de Filippo, nous partageons avec vous votre douleur .

 Il est 2h15 du matin ce Dimanche 26 Août 2007, lorsque le réveil sonne pour nous dans le dortoir du refuge Saleinaz en Suisse . Je suis le premier à sortir du dortoir, et je croise Filippo qui lui aussi est déjà levé. Je lui demande si il a bien dormi, il me fait comprendre avec son français moyen, qu'il n'a pas vraiment bien dormi, rien d'étonnant, en refuge on a toujours un peu de mal . Nous nous rejoignons tous dans la salle à manger du refuge pour y prendre notre petit déjeuné, le gardien est là, pour nous servir . Nous sommes tous concentrés sur cette ascension que nous allons faire . Après nous être équipés, nous sortons du refuge à 3h , le gardien nous lance une dernière parole, " soyez prudent "et partons en laissant derrière nous la lumière et la chaleur de ce refuge particulièrement confortable et soigné . Nous avons un peu de mal, à la lumière de nos frontales, à rejoindre le glacier situé 150m plus bas, nous devons empreinter une moraine qui nous déstabilise à plusieurs reprise . Filippo a le sourire, il est heureux de partager avec nous cette ascension .

Le ciel est clair, une nuit bien étoilée, nous prenons pied sur le glacier, nous chaussons nos crampons et choisissons un itinéraire un peu plus long mais plus sur, les crevasses y sont moins présentes . Nous cheminons très habilement au beau milieu de ce glacier, pour enfin, prendre la direction de la face Nord de l'aiguille d'Argentière, illuminé par un soleil levant . Il est 6h lorsque nous sortons nos piolets , Filippo part en premier . Nous emboîtons le pas derrière lui. Filippo a une grande forme, nous ne le suivrons que très peu de temps, son avance au fil du temps devient de plus en plus grande . Nous suivons donc ses traces, nous le perdons de vue au niveau du Sérac car la pente au dessus est plus faible . Derrière moi, un petit écart se creuse également entre moi et les deux autres, Christophe et Stéphane. Je ne revois que Filippo, une fois sortie sur l'arête ou je suis époustouflé de l'avance qu'il a, je me dit en moi même, punaise la caisse qu'il a ! Me voyant de nouveau, il me lance un grand signe de la main, je lui répond de même, et il continu l'ascension . Le soleil brille au loin, nous sommes proche du sommet . la neige est plus profonde, alors je reste bien dans les traces de Filippo, afin de moins peiner . J'arrive un peu en dessous du sommet et j'aperçois les skis de Filippo, plantés à la verticale, je comprend que le sommet est là, et que je parcours les derniers mètres . Je prend pieds sur l'arête et aperçois de suite le grand sourire de Filippo, qui me dit " hey laurent " avec son accent italien . Il est 8h35, je viens à sa rencontre et nous nous serrons une poignée de main amicale, heureux d'être là, au sommet ensemble, en cette belle journée d'Août . Christophe et Stéphane ne sont pas encore là, nous les attendons tout en profitant du merveilleux panorama que nous offre ce sommet , d'un coté les montagnes suisses de l'autre le massif du Mont-blanc avec en premier plan, le bassin d'Argentière avec toutes ces faces et ses couloirs qui nous font tous tant rêver, certains ont déjà vu nos spatules cette année .

Voilà Christophe et Stéphane qui sont eux aussi ébailli de la grande forme physique de Filippo, et bien sur, sommes tous content d'être là à partager ces moment intenses d'alpiniste . Nous nous asseyons sur nos sacs et mangeons quelques biscuits et buvons pour nous des altérer .

Nous partageons nos remarques constatées durant la montée quant à la qualité de la neige et le cheminement que nous allons empreinter, afin de descendre au mieux cette face vertigineuse .Nous décidons d'attendre 1h au sommet afin de laisser le temps au soleil de faire son effet sur la neige de la partie inférieure qui est encore dure . Nous n'avons pas vraiment chaud, nous enfilons quelques épaisseurs de plus, Filippo, lui enfile son coupe vent de compète jaune fluo .

Il est 9h30 lorsque nous décidons de partir, nous avons tous chaussés nos skis, et sommes fin prêts . C'est Christophe avec son surf, qui tracera les premières courbes, suivra Stéphane puis quasi en même temps, Filippo et moi. Nous avons préféré mettre un piolet à la ceinture ou cas ou, il y en aurait besoin dans les passages plus durs. Christophe s'envoi de belle courbes rapides Stéphane toujours aussi à l'aise, se régale dans cette neige poudreuse . Filippo parait moins à l'aise, mais descend de son coté à son allure, nous descendons ensemble, tantôt lui devant tantôt moi . Nous arrivons sur une arête qui nous permet de basculer sur la partie la plus raide de la face, une étroiture due à la présence rive gauche des rochers, et à droite, de l'imposant sérac . Je passe devant Filippo, fait quelques virages et me retourne pour l'attendre, je le vois en équilibre sur l'arête prêt à basculer dans la pente . Le voilà qui trace vers moi, je prend quelques photos puis les choses plus sérieuses commencent, Christophe et Stéphane sont déjà passés, et nous les avons bien observés, la neige est là, mais se cache en dessous une pente quasi en glace, de 55°! Filippo me laisse partir, je ne prend pas de risque, je sort mon piolet que j'avais mis à la ceinture et me laisse descendre en escalier tout en restant accroché à la pente . C'est dur pour le dos mais c'est le plus sur pour moi . Filippo me demande si c'est dur, je lui répond, "oui, c'est dur" alors une dizaine de mètres au dessus de ma tête je le vois descendre en dérapage en s'appuyant sur son bâton piolet, un bâton bien bizarre, muni dans sa poignée d'une lame de piolet . Je me retourne , Christophe et Stéphane nous attendent un peu plus bas, quand soudain, j'entend Filippo crier, je me retourne aussitôt, et le vois glisser vers moi à toute allure, je me dégage aussitôt afin, qu'il ne m'emporte pas avec lui , j'entend derrière moi, le crissement de ses skis passer, c'est effroyable ,nous restons de marbre, impuissants , Filippo nous quitte, la montagne l'emporte à jamais ............... ...........................................................................................................................................................................

Oh que le montagne est belle, pourtant peut on s'imaginer qu'un jour elle puisse être si cruelle .

Filippo, nous ne cesserons de penser à ces deux jours passés ensemble, à ta joie de vivre ta passion avec nous, je revois encore ton sourire au sommet et cette poignée de main qui restera à jamais gravée dans mon coeur . Les anges sont blancs ne t'inquiète pas Filippo, blanc comme la neige que tu aimais tant .

tchô

Laurent

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