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Voici le récit de cette dernière journée passée avec toi Mat

 

Ce Mardi 26 Mars, après une multitudes d'échanges de mails durant la semaine, et après avoir bien étudié l'itinéraire et les conditions de neige depuis la vallée grâce aux photos prises le 21 Mars, nous décidons d'aller réaliser cet objectif qui nous était commun .

L'ascension débute à 5h30, dans un brouillard épais, nous sommes confiant, les prévisions météo annoncent de belles éclaircies dans la matinée, alors même si nous grimpons dans le brouillard, ce n'est pas bien grave, notre connaissance parfaite du cheminement à prendre dans cette face rocheuse, ne nous fait pas craindre de nous y perdre .

Nous arrivons au pied de la face, il est 8h. Nous mettons nos crampons, sortons les piolets, et les skis sur le sac . L'ascension se passe vraiment bien, la qualité de la neige est à la hauteur de nos espérances, une petite couche de neige récemment tombée, sur un fond bien portant. Nous progressons donc sur un bon rythme, nous relayant tour à tour, pour faire la trace. Les deux premières écharpes franchies, nous pénétrons dans un petit couloir étroit, en pleine pente . Il n'y a pas de glace, sa descente ne posera pas de problème, juste un peu étroit sur 3m, mais sans difficulté majeure, pas de glace, quelques rochers de part et d'autres. Un fois ce petit couloir d'une vingtaine de mètres, nous traversons de nouveau une petite écharpe suspendue nous menant droit sur un verrou vertical en mixte. Je passe devant, et grimpe en libre à l'aide de mes deux piolets qui me sont bien utiles, l'endroit est étroit et la parois surplombante rive gauche, gêne ma progression, mes skis sur le dos m'encombrent . Je fini finalement par franchir ce ressaut et devine une vieille corde sans doute laissée, par une cordée ayant fait cet itinéraire quelques années auparavant.

Je m'auto-assure dessus, et guide Mathieu dans sa tentative. En vain, Mathieu n'y arrive pas et préfère que je l'assure à l'aide ma corde que je sort du sac. Mathieu grimpe péniblement, son manque de pratique purement alpine, lui fait défaut dans ce passage un peu technique.

Nous échangeons quelques remarques à ce sujet, et me confirme qu'il aimerait bien en faire plus, pour être plus à l'aise dans ces moments là .

Nous débouchons sur la dernière écharpe suspendue ou nous trouvons une neige profonde ou la progression devient plus pénible, on a parfois de la neige jusqu'au ventre et nos appuis sont difficiles à prendre .

Nous débouchons sur la face S, cette face qui nous dirigera 300m au dessus, vers le sommet . Le brouillard y est dense, la présence de quelques rochers aux alentours, nous permettent de nous repérer et d'atteindre les derniers 100m de la face. 

Une éclaircie, le ciel bleu fait une apparition, les derniers mètres sont excitant, c'est le sommet qui se découvre devant nous, Mathieu use de vitalité et se met à grimper rapidement devant moi, et lève les bras arrivé sur cette arête qui balise le sommet .

Nous savourons notre ascension, il est 10h50, nous aurons mis 5h20 à faire les 1500m de dénivelé positif qui nous sépare de la voiture.

Nous avons un peu de visibilité sur l'arête sommitale de cette esthétique Pointe d'Areu tant observée depuis nos maisons respective .

Nous échangeons comme à notre habitude, lorsque nous atteignons notre objectif, une bonne poignée de main amicale d'une cordée de passionné et amoureux de la montagne.

Mat me sort une pochette de fruits secs, nous sommes assis sur nos sacs, les pieds dans la face S, et dos à la face N tout autant vertigineuse !

Le soleil nous baigne de ses rayons, très appréciables, et qui nous ont bien manqués durant cette ascension. Joie de courte durée, le brouillard nous emprisonne de nouveau. Cela fait presque 1h que nous sommes au sommet, et nous décidons de commencer la descente, car nous n'avons plus trop d'espoir de voir le soleil refaire une apparition, cela semble bien épais ! Nos traces nous servirons de fil d'Ariane dans cette face S pauvre en repère visuel rocheux .

Il est 12h lorsque nous effectuons nos premiers virages dans cette face S bien raide au départ, nous sommes prudent, le fond est dur, et la neige glisse facilement .Nous arrivons sur une petite épaule dont la pente est faible, avant de rebasculer dans la face E . La neige épaisse de la rampe nous incite à la plus grande prudence, je part donc devant seul , Mat attend mes consignes pour s'élancer à son tour dans la face E, une fois que je suis arrivé au bout de celle-ci .

Nous sommes de retour au dessus du ressaut en mixte, je me saisie de ma corde laissée sur place à la montée, m'accroche à elle grâce à mon descendeur, et je me laisse descendre délicatement skis aux pieds jusqu'à reprendre "pieds" sur la neige . Je libère la corde, poursuit ma descente afin de ne pas être dans l'axe de Mat . Mat jette ses bâtons en bas du ressaut pour ne pas être gêné par ceux-ci, et descend à son tour le ressaut en rappel .

Mat range la corde dans son sac, descend sur quelques courbes pour récupérer ses bâtons qui avaient dévalé un peu dans la pente !

Mat me rejoint, et de nouveau, je part devant lui, lui indique de me laisser partir , qu'il attende mes consignes pour me rejoindre . La neige est toujours aussi agréable à skier, la neige est stable, quelques coulées de surface provoquées par mes virages demandent quand même un peu de vigilance. J'arrive en haut du goulet étroit, qu'il va falloir négocier prudemment, j'effectue quelques virages en pleine pente, en virages sautés très courts, puis me laisse déraper sur 3m pour franchir le passage le plus étroit, tout au plus 2m de large ! Les skis frottent un peu de chaque coté, puis le goulet s'élargit à nouveau, m'autorisant à enchainer quelques virages et sortir de ce passage .

Je me met bien à l'écart du goulet, et prévient haut et fort à Mat, qu'il peut venir à son tour, et franchir ce goulet .

Je l'aperçoit se mettre en position de dérapage dans le passage étroit, puis je ne peux plus le voir, il est derrière l'éperon, lorsque je l'attend crier !

Je le vois débouler en roulé boulé du goulet, il a chuté !

Je ne peux qu'être spectateur de sa chute, je suis impuissant, je le vois disparaitre dans le brouillard et sais que dans ce brouillard, sous nos pieds, il y a d'énormes falaises, je comprend à cet instant, que Mat vient de me quitter à jamais, que je ne reverrais plus jamais son sourire, sa joie de vivre, Mat s'en est allé, victime de sa passion pour la montagne !

Mat était courageux, ne rechignait jamais de faire une courte nuit de moins de 3h après son travail pour aller vivre sa passion pour le Telemark, Mat était toujours joyeux, discret, jamais à court de plaisanterie.

 Mat m'avait contacté en début de saison, car il voulait qu'ensemble, on partage nos passions commune, le skis de pentes raides, ces pentes qui nous font vibrer, qui nous font rêver, et parfois qui nous font peur, ces pentes ou l'on doit notre survie qu'à notre exigence et notre maitrise, c'est pour cette raison, que nous les aimons, nous aimons les défier .

L'erreur n'est pas permise, Mat a accepter comme moi de prendre ces risques, ce Mardi 26 Mars à 12h30, Mat a perdu contre cette Pointe d'Areu que nous aimions tant.

Le regard que j'aurais à présent sur elle, depuis chez moi chaque jour, ne sera plus le même, je ne la rêverais plus, je ne penserais qu'à une chose, au sourire de Mat graver à jamais à son sommet et dans mon esprit .

Repose en paix Mat, Tchao ...

 

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